Pourquoi « Fermer » ?

L’Art Galerie accueille depuis le 15 juin 2021 une exposition monographie consacrée au photographe béninois Germain LANHA ayant pour thème : « Fermer ». Cette exposition porte un regard à la fois anthropologique, sociologique, et psychologique sur les mécanismes par lesquels s’opèrent les interdictions dans nos sociétés, et s’articule autour de trois (03) parcours : La différence qui nous unit, L’Inhumation, et JƆWAMON.

 

Ce que veut dire dénégation des restrictions…

Happening In Situ '' Les dieux nous parlent "
Happening In Situ ” Les dieux nous parlent “, Crédit photo Germain LANHA

Pourquoi interdire de ne guère aller au-delà d’une frontière – qu’elle soit matérielle ou immatérielle – ? Pourquoi soutenir que les restrictions sociales, voire politiques constituent « un » des socles à l’éveil des forces transgressives ? Pourquoi, et comment les « fermetures » donnent-elles à penser sur la psychologie des sociétés contemporaines ? Fermer pour mieux s’ouvrir aux jeux de l’esprit ? Fermer pour dire « initiation », « conscientisation » ou « révélation » ? Fermer pour percevoir l’interdiction comme ferment à la « connaissance des choses » ? Fermer pour ne point avoir à (re) fermer ? Fermer ou une ode au (re) découverte des vérités existentielles ?

En effet, l’expérience de l’interdit participe à forger les forces psychiques qui prennent formes dans les créations artistiques. Les gestes créatifs travaillent ainsi la porosité entre ce qui est admis, et les méandres des normes à ne point franchir.  De plus, l’artiste contemporain devient un homo-satirique en apportant, dans ses créations, de nouvelles réflexions sur ce que la société lui offre comme « fonds de commerce ». Dans l’exposition monographique « Fermer », le photographe béninois Germain LANHA porte un regard à la fois anthropologique, sociologique, et psychologique sur les mécanismes par lesquels s’opèrent les interdictions dans nos sociétés ; laissant survivre  de petites histoires : de l’origine du monde, au rapport on ne peut plus ambigüe entre la religion, et la sexualité, en passant par les poncifs empreints de négation ou de dénégation envers le Vodoun.

 

Interdit de dire…

Equipe curatoriale de l'exposition " Fermer ", Crédit photo Germain LANHA
Equipe curatoriale de l’exposition ” Fermer “, Crédit photo Germain LANHA

Les premières phrases du prologue de cette exposition jettent déjà les bases de la note d’intention défendue par Germain LANHA : « Tous les contextes sont propices à la création artistique. L’archéologie de l’humanité nous permet de remonter les rapports entre les Hommes et Dieu à des temps immémoriaux. L’histoire de ces relations oscillant entre mythe et réalité diffère suivant les religions, les cultures et les groupes socio-culturels. L’une des plus célèbres controverses autour de ces relations porte sur la sexualité. Dans les Saintes Écritures, l’identité de Dieu reste la chose la plus ambigüe au point qu’on peut se demander si Dieu est transgenre ». Affirmations, doxa, poncifs, ou partis pris ? Ces phrases dénotent peut-être d’une analyse « poussée » de l’histoire de l’humanité ?

 

Opposition by Germain LANHA in " Fermer ", Crédit phot Germain LANHA
Opposition by Germain LANHA in ” Fermer “, Crédit phot Germain LANHA

Les Egyptiens antiques, n’ont-ils jamais créé que pour louer la vie par-delà la mort, et les dieux ? Que dire des Venus de la Mésopotamie ? Ou encore de la Naissance de Vénus de Botticelli ? Vouloir traiter de Dieu, de la religion, et de la sexualité, par l’art, n’est point une démarche avant-gardiste. Mais peut-être comprendrions-nous Germain LANHA quand il porte à Dieu, et aux religions du monde des toilettes féminines ? On n’y lirait peut-être la part d’excentricité dont est imbue les créations dites « contemporaines » ? Ou bien un désir vain de montrer des corps conjugués au féminin dans leur plus intime représentation ? C’est peut-être de la singularité dans le traitement de ces liens étroits qui coudent, et (re) coudent les trous béants entre Dieu, les religions, et les appâs d’une nymphe dont traite la première partie de cette messe visuelle.

 

Série La différence qui nous unit by Germain LANHA in " Fermer ", Crédit photo Germain LANHA
Série La différence qui nous unit by Germain LANHA in ” Fermer “, Crédit photo Germain LANHA

Ainsi, la première partie de l’exposition s’est-elle attelée à mettre en exergue, sous le prisme du nu artistique, les lieux communs qui entourent l’histoire des religions, et la sexualité. La série dénommée La différence qui nous unit  laisse entrevoir un dialogue visuel, et gestuel mettant au pris le corps féminin, les tabous religieux, et les guerres idéologiques de notre ère. Demander ceux à quoi rêvent les humanités, revient à étendre les questionnements sur l’existence même de l’être. On pensera à une analogie faite au secret originel du monde qui s’articule autour de l’histoire d’Adam et d’Eve, inhérente au Christianisme. Cela ne serait pas d’ailleurs une surprise quand l’on s’intéressera davantage à la référence abondante aux religions abrahamiques dans la deuxième section de cette exposition.

Pourquoi avoir opté pour le corps féminin pour évoquer les faits religieux ? Est-ce une approche de « fermeture » ? Nul ne doute que les desseins de ce choix sont ailleurs. Dans l’exposition polygraphique « Miroir », Germain LANHA avait déjà « exposé » son affect pour le nu photographique féminin dans ses lectures sociologiques du Miroir. C’est voir, ou observer, de manière solitaire, et solidaire, ce que le corps féminin garde comme stigmates, comme empreintes, comme forces hermétiques. De l’hermétisme des consciences, et des religions quant à ce que Dieu devrait être, et à ce que la femme devrait être : c’est bien de cela que traite ce premier parcours de « Fermer ».

Naturelle by Germain LANHA in " Fermer ", Crédit photo Germain LANHA
Naturelle by Germain LANHA in ” Fermer “, Crédit photo Germain LANHA

Aussi, le montage de cette section se décline-t-il en quatre (04) actes. Le premier acte montre les « maillots » de deux femmes portant autour de leurs hanches une tour de perle commune. Et puis vient ce contraste apparent : elles ne se dévoilent pas toutes sous le même angle. Si le « jardin secret » de la première femme est visible, la seconde ne laisse admirer que ses « fesses ». Alors pourquoi une telle scénographie ? Pourquoi nous ne voyons pas tout ? Pourquoi nous ferme-t-on la porte ? En effet, c’est peut-être d’une porte qu’il s’agit : dont on voit l’entrée mais pas la sortie, dont on dit qu’elle abrite la croyance commune en un Dieu caractériel de certaines religions antinomiques, dont on vante les différentes qu’elle accueille nonobstant l’homogénéité qui la caractérise. Que nous cache-t-on réellement ?

 

Fermer by Germain LANHA in " Fermer ", Crédit photo Germain LANHA
Fermer by Germain LANHA in ” Fermer “, Crédit photo Germain LANHA

En outre, le deuxième acte expose les mêmes « maillots » des deux femmes sans la tour de perle commune. Maintenant, on y voit plus clair ? Pas vraiment. Les morphologies se retrouvent encore dans un oxymore. Mais le sexe féminin est supprimé, caché par les mains. Adam et Eve, ont-ils réellement mangé la pomme de la connaissance, ou se sont-ils données aux plaisirs de la chère ? Exit, la monstration des « maillots » féminins, Germain LANHA dans l’acte III persistera à souligner cette opposition entre les corps. Pourquoi ? On ne le saura peut-être jamais. Et l’acte IV se représente en montrant encore ces deux corps qui se mirent à travers du verre.

Enfermer by Germain LANHA in " Fermer ", Crédit photo Germain LANHA
Enfermer by Germain LANHA in ” Fermer “, Crédit photo Germain LANHA

Et puis, il est interdit de dire ce qu’elles sont en train d’observer, de dire ce qu’elles pensent, de dire qu’elles semblent cacher, de dire ceux en quoi elles croient…

L’exposition « Fermer » se poursuit jusqu’au 18 août 2021 à L’Art Galerie, Abomey-Calavi (Rép. du Bénin). Faites y un tour…

 

 

 

 

Steven ADJAÏ

 

Plus
d'articles

Rejoignez notre newsletter

Restez informé des dernières tendances et offres en vous inscrivant à notre newsletter