Rencontre avec Ishola Akpo : L’artiste de l’intemporalité

Rencontre avec Ishola Akpo : L’artiste de l’intemporalité

Actualités 9 avril 2019 Par A. Akouavi 2 comments

Photographe atypique et artiste multimédias, Ishola Akpo est originaire du Bénin, mais ne cesse de déployer ses flashs au-delà des frontières, des rives et des regards. Dans le cadre du programme ‘’ Artiste en présence ’’ mis en place par l’espace culturel Le Centre, il a échangé en mars dernier, avec un public curieux, venu plonger dans son univers à la fois saisissant, parfois déroutant, et contemporain. Occasion au cours de laquelle, l’artiste s’est dévoilé à travers son parcours, sa démarche creative et ses ambitions dans le domaine de l’art. Immersion !

Ishola Akpo

Une gorgée d’eau. Une déglutition presque mesurée. Un sourire retenu. Un corps frêle qui suggère une allure de rebelle astucieux et assumé. Avant d’aborder le vif du sujet, à son propre insu, Ishola donne à percevoir tout le langage aussi communicatif qu’intimiste que transmettent ses oeuvres.

En vérité c’est en quelque chose un artiste réservé et presque gêné face à son public, qui prend la parole pour se raconter ce soir-là.

Dès qu’il trouve vraiment ses mots, il commence par son commencement : « A la base, j’étais photographe, graphiste et Infographe. Je travaillais avec quelques agences de communication. Beaucoup de personnes trouvaient que mes photos étaient assez intéressantes et qu’elles dégageaient surtout quelque chose d’Artistique mais pour moi, ce que je faisais ne méritait pas l’appellation de photographie artistique. C’est pour cela qu’au début, je n’aimais pas me faire appeler artiste ».

C’est donc cela aussi l’idée qu’il conviendrait de se faire d’ Ishola Akpo : un talent dont l’insatisfaction pudique le pousse dans ses retranchements, lui intimant la nécessité de se dépasser pour creuser plus loin qu’il n’est déjà parvenu à explorer.

Et c’est sans doute cette quête permanente du meilleur, de l’inédit, de la subtilité retravaillée, qui fera que, grâce aux images de son blog, il reçoit sa première invitation pour une exposition au Forum d’Art Transculturel à Port-au-Prince.

Il en parlera avec une modestie si étonnante qu’on se demanderait bien s’il n’est pas plus exigeant envers lui-même que ne le sont la plupart des créateurs. Ce questionnement prend davantage du sens, quand il nous apprend que c’est avec une grande hésitation, qu’il finit par accepter ladite invitation.

Pourquoi avoir hésité ? Crainte de ne pas être à la hauteur de ses propres attentes ou désir de prouver qu’il est capable d’en faire plus, de faire mieux ?

A l’en croire un peu des deux. Et bien que cette première expérience l’a rendu plus confiant, au point d’admettre un peu plus le titre d’artiste, il ne s’en contentera pas. Pour nourrir et développer sa carrière, il va choisir d’expérimenter des pistes qui rendent compte de son engagement social voire sociologique, et à même de restituer l’imperceptible ou encore des réalités de son contexte de vie, dans un esprit narratif, et introspectif.

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Au fil des années donc, il enchaîne plusieurs projets de création parmi lesquels ‘’ Les redresseurs de Calavi ’’, ‘’ Pas de flash s’il vous plait ’’ ; ‘’ L’essentiel est invisible pour les yeux ’’, ‘’ Geo politique ’’.

Ces travaux aux multiples perceptions, le légitiment et le rassurent lui-même dans son auto-légitimation. Depuis s’ouvre à lui, le monde et ses espaces. Ainsi, il expose dans plusieurs pays d’Afrique et d’Europe comme la France, le Sénégal, etc.

Ses séries photos sont le reflet d’un témoignage, d’un souvenir ou d’un ressenti exprimé de manière foisonnante. Permettant de fait, à sa  démarche artistique, de trouver son essence dans les racines de la culture Yoruba dont il est issu. ​De plus, son corps constitue le premier élément de son expression artistique : un élément autour duquel Ishola Akpo développe un processus de travail, principalement influencé et marqué par les richesses culturelles et cultuelles Yoruba.

Souvent caractérisées (ou marquées) par un jeu de blanc-noir, ces photographies et lui, dégagent une émotion commune. C’est-à-dire que l’échange entre le photographe (Ishola Akpo) et le modèle (toujours Ishola Akpo) devient une unicité avant d’être unique à travers les œuvres exposées.

Résultante de ses expériences personnelles et de ses recherches sur la culture africaine, son travail renvoie le spectateur à un développement spirituel dans la recherche de la compréhension de ses œuvres. La notion insaisissable du mythique qu’il explore dans son travail lui est si précieuse, qu’il l’évoque avec autant de passion que de nuances. Et c’est cela même qui confère à ses œuvres leur singularité : l’inclusion, l’énergie et la mise en exergue de l’invisible.

Alors quand intervient le soupir de la quiétude, après des propos pleins d’emphase, Ishola Akpo finit la rencontre (des gorgées d’eau à l’appui), en nous révélant que son ambition « est de travailler sur tout ce qui concerne la mémoire collective notamment africaine, afin de créer des archives, et laisser un héritage aux générations futures. »

En plus d’être une manière de participer à la préservation du patrimoine culturel africain, cela révèle à quel point le désormais artiste entièrement à part, a conscience de son rôle d’intemporalité.

 

Comments( 2 )
  1. Richard Dansou dit :

    Très bel article. Bravo.

  2. Ahwando est une nouvelle serie de photographies de l’artiste beninois Ishola Akpo realisees lors d’une residence en 2017 sur le site archeologique d’Agongointo a Bohicon au Benin a l’initiative de l’association belge mosso.

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