Dr Mario, le graffeur chromothérapeute béninois !

Dr Mario, le graffeur chromothérapeute béninois !

Arracher un sourire. Utiliser son art comme source d’apaisement, de soulagement, de ceux qui acceptent s’y plonger. Redéfinir les réalités observées. Ouvrir le public, au langage ensoleillé des couleurs qu’il sélectionne à dessein pour marquer esprits et regards. C’est un brin ce qui fait office de démarche artistique pour Romario AGBO Koffi, alias Dr Mario. Il faut dire qu’il perçoit sa création comme étant cathartique et désire s’en servir pour éveiller en tous, l’envie de redorer le monde comme sa vie. Ambition qu’il explore depuis qu’il s’est lancé dans les arts visuels par conviction intime d’y apporter avec patience, et passion, un  zeste d’inventivité. Et parce qu’il ne cesse de se réinventer pour surpasser ses propres acquis, nous avons choisis vous plonger dans son univers actuel et son parcours artistique, en plein essor. Rencontre donc avec un graffeur engagé !

ATILEB’ARTS : Et si vous deviez vous présenter à nos lecteurs en quelques mots ?

ROMARIO AGBO : Moi c’est Dr Mario : Romario AGBO Koffi à l’état civil. Je suis artiste-graffeur. C’est dire que je pratique le street-art, le graffiti qui est essentiellement un art mural. Cela dit, je suis également designer-graphique.

ATILEB’ARTS : Restons street dans le langage et dites-nous : pourquoi avoir adopté le blaze (pseudo, ndlr)  » Dr Mario  » ?

ROMARIO AGBO :  » Dr  » (Docteur, ndlr) parce que je considère que mes couleurs soignent, et qu’avec mes couleurs je peux guérir des maux insoupçonnés. L’idée du blaze est partie du « Dr Dre » que je voyais  à l’époque, sur les casques  » Beat by Dre  » (marque affiliée au producteur, rappeur américain Dr Dre, ndlr). En couplant avec mon prénom j’obtenais Dr Mario. Avec le temps j’ai mené une réflexion plus élargie là-dessus et je me suis rendu compte que, ce que je fais pouvait impacter les gens au point de les sortir de leurs différents troubles, qu’ils soient émotionnels ou psychologiques. Donc mon travail pourrait être une thérapie pour nombre de personnes. C’est dire que je peux arracher le sourire à quelqu’un qui l’a perdu, qui sort de chez lui et qui voit le graff que j’ai fait. C’est dire que je peux apaiser quelqu’un qui est accablé par le poids des choses de sa vie ou du quotidien. Ainsi, ne serait-ce que pour cinq (5) secondes, je peux prétendre pouvoir transmettre un bien-être inimaginable. Pour moi, je considère que c’est guérir les gens en quelque sorte. Et d’ailleurs, ce n’est que plus tard, après avoir mené cette réflexion pour choisir mon nom artistique, que j’ai découvert qu’on pouvait effectivement guérir avec les couleurs : cela s’appelle la chromothérapie. C’est pourquoi souvent, je me fais appeler le chromo-thérapeute. Je trouve que ça convient parfaitement à ce que j’ai envie de faire, de faire percevoir à travers ma création. Autrement dit, je suis  » Dr Mario « , celui qui guérit à travers les couleurs de ses graffs.

© Graffeur Dr Mario En Plein Travail

© Graffeur Dr Mario En Plein Travail

ATILEB’ARTS : Quel est votre bagage artistique ?

ROMARIO AGBO : Tout commence en 2012 avec l’atelier « Grafatax », initié par la Fondation Zinsou. C’est là que j’ai découvert la bombe. C’est donc là que j’ai réellement commencé à pratiquer le graffiti. L’atelier n’a duré que trois mois, mais il m’a permis de continuer dans cette lancée avec des amis. Je veux parler de Stone et de Sean Scellor. Et depuis, ça fait maintenant près de sept (7) ans que je pratique cet art. Il faut dire que je me suis surtout lancé dans les arts visuels parce que j’avais une certaine prédisposition spontanée à me laisser éblouir par les images et leurs particularités, à vouloir les trasncrire autrement, à chercher à embellir les espaces les plus désuets, et à ressentir la nécessité de refaire, à réinventer le monde autour de moi, en couleurs.

ATILEB’ARTS : Justement, on vous a vu actif autour du Festival Effet Graff et on vous sait, membre-organisateur de l’initiative. Que représente pour vous Effet Graff ? C’est quoi pour quelqu’un qui n’en sait rien ?

ROMARIO AGBO : Effet graff, c’est une tournée de graffitis qui va à la rencontre des peuples, c’est-à-dire que nous amenons cet art qui est très méconnu vers plusieurs profils de public, dans plusieurs régions. Nous travaillons essentiellement sur des thèmes qui permettent à la population de se retrouver dans ce que nous laissons sur les murs et de s’identifier à ce qu’on fait. L’intention étant, de leur permettre de mieux cerner la portée de ce qu’on crée sous leurs yeux. Nous procédons ainsi car nous avons compris, que si l’on veut apporter quelque chose de nouveau aux gens ; ils comprennent, adhèrent beaucoup mieux quand l’apport intègre les éléments de leur environnement immédiat. Quitte à ouvrir des brèches vers des choses qu’on voudrait qu’ils ajoutent à ce qu’ils sont et ont déjà.

On l’a expérimenté cette année notamment, car notre thème était : « peindre l’histoire de nos héros modernes ». Ce qui nous a permis de  travailler avec des personnes qui sont dans l’environnement immédiat de la population et qui impactent le monde ; mais surtout de leur montrer des talents actuels que personne d’autre que nous-mêmes, en tant que jeunesse d’aujourd’hui, ne pourrions valoriser assez pour qu’ils restent dans l’esprit des gens pour l’avenir.

Notre démarche consiste donc à faire en sorte que les gens puissent s’intéresser un peu plus à la chose artistique et visuelle. Par ricochet, cela nous permet à nous aussi de populariser au maximum le graffiti, de pouvoir (les) toucher au-delà des idées reçues.

En dehors de cela, je précise que nous faisons aussi des activités pour susciter l’engouement de la jeunesse par rapport à la necessité d’élargir leur champ de vision sur l’art dans sa globalité (en partant des arts visuels bien sûr), les préoccupations sociales, culturelles et historiques.

Au final, c’est un festival qui est basé essentiellement sur le partage, l’échange, et le brassage interculturel. Et donc, ça représente pour moi, l’occasion de pouvoir raviver dans notre génération, des valeurs humaines et artistiques qui méritent d’être entretenues.

Lire aussi ici : FESTIVAL EFFET GRAFF : UNE 5EME EDITION ACHEVÉE ET RÉUSSIE.

ATILEB’ARTS : Quelles sont vos influences ou sources d’inspirations artistiques ?

ROMARIO AGBO : Ce qui m’inspire le plus, c’est la sentsation de liberté absolue. C’est quand j’arrive à me retrouver avec moi-même, hors du temps, hors des choses, hors des réalités et que je sens que je suis phase avec mon moi intérieur. Cet état d’esprit-là, suffit à m’inspirer car les choses prennent un autre aspect sous mes yeux, un autre sens dans ma tête, un autre regard naît sur tout. Ensuite, il faut dire que les couleurs m’influencent en même temps qu’elles m’inspirent. Elles créent un déclic, qui peut pousser à explorer de nouvelles pistes. J’ajouterais aussi que la nuit m’inspire énormément. La nuit, c’est parce que j’y retrouve une sérénité totale, un moment de calme absolu.

Cela dit, en journée s’il faut peindre, évidemment que je peins. En faisant attention de créer des conditions de base pour travailler correctement. Je suis du genre à lancer des blagues toutes les cinq (5) minutes, donc en journée, je puise beaucoup dans ma bonne humeur pour travailler. Le rire m’inspire. Comme la vie en général. Maintenant un peu de sodabi, ça aide aussi (rires).

© Graffeur Dr Mario

ATILEB’ARTS : Tous ces éléments qui vous inspirent mènent-t-ils à un processus créatif particulier ?

ROMARIO AGBO : Sans aucun doute ! Souvent j’ai besoin d’une raison pour peindre. Je ne peins pas, pour peindre. J’ai besoin d’une préoccupation qui suscite la nécessité de me mettre à travailler autour. Me considérant tel un docteur, pour moi chaque mur est un carnet de soins sur lequel je transcris des posologies. Ainsi, en plus d’être un moyen d’expression, le mur est un prétexte pour pratiquer mon rôle de soignant. C’est-à-dire que mon processus consiste à identifier à travers chaque mur, une cause maladive, un besoin de mal-être sur lequel je table pour réaliser mes oeuvres. Donc je commence en identifiant une douleur, un supplice face auquel je dois trouver le bon diagnostic pour que le public puisse trouver satisfaction partiel ou total à travers ce que je fais. Il faut que la personne voit au-delà de l’objet représenté ou du personnage représenté, il doit voir le concept, le message. Mon processus se prolonge jusqu’à ce niveau-là donc : trouver le bon médicament ou le bon traitement, pour chaque type de malaise.

En plus, il faut savoir que je suis aussi « writer », c’est-à-dire que je travaille beaucoup avec les lettres. Et ayant connaissance de ce plus chez moi, je m’inscris dans le semi « wild-style » qui est un style de graffiti plus ou moins complexe, parce que cela allie plusieurs exigeances. Et comme j’aime aussi écrire des mots ou des textes en dehors des travaux d’arts visuels, cela en rajoute à ma créativité. Le « wild-style » (forme de graffiti qui incorpore des lettres et des formes entrelacées, qui se chevauchent, ndlr), c’est donc un bon compromis pour moi. Et puis, je rajoute parfois des personnages pour illustrer ce que je veux dire. Par contre, il faut savoir que mon processus est en permanence variable, d’autant que je peux partir d’une idée de départ, mais pendant le travail, me décider à virer dans une autre dimension. Donc tout dépend aussi des fois de l’impulsion du moment. En tout cas, je n’hésite pas à prendre mon pieds au fur et à mesure (sourire).

ATILEB’ARTS : Quand on parle de graff, on pense directement à la bombe de peintures. Est-ce le seul outil nécessaire dans la mise en œuvre de ce processus créatif ?

ROMARIO AGBO : Non pas uniquement. J’utilise également de la peinture de façon directe, et aussi du latex. D’ailleurs, des couleurs peuvent être mises dans le latex et servir d’aplat. La bombe pourra ainsi venir par-dessus. Je fais  avec tout ce que je trouve. On n’est pas figé en tant que graffeur. Même si le graffiti se fait essentiellement avec de la bombe, on peut travailler avec tout ce qu’on trouve, tout ce qui nous tombe sous la main. Etre artiste, c’est pouvoir s’exprimer quel que soit le moyen utilisé.

© Graffeur Dr Mario

© Graffeur Dr Mario

 

ATILEB’ARTS : Et pour finir : une question qu’on aurait dû vous poser ?

ROMARIO AGBO : Oui, demander mon plat préféré (rires) ! De façon générale, je dirai tout ce qui est cuisine africaine surtout celle béninoise. Quand j’ai le ventre plein, je suis super inspiré (clin d’oeil).

Comments( 1 )
  1. Nakama dit :

    Tu fais du bon taff bro,du courage,que Dieu t’assiste
    OUTSIDER CLAN

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