Domegue Kodjo : Un photographe béninois à l’assaut de Saint-Louis

Domegue Kodjo : Un photographe béninois à l’assaut de Saint-Louis

En à peu près cinq ans d’insertion et de pratique professionnelles, Domegue Kodjo devient l’une des plus prometteuses coqueluches du milieu de la photo béninoise. Depuis le 26 Avril 2019, ses œuvres sont exposées au Maam Tiouth Galerie, qui met en lumière des talents contemporains de plusieurs pays d’Afrique, avec une quête plurielle de l’expression artistique identitaire. Découverte d’un jeune artiste en pleine expansion.

Pour lui, l’expérimentation photographique a commencé en tant que directeur artistique. En effet, c’est auprès d’autres photographes (de la même génération que lui ou non), qu’il affûte son regard, qu’il consolide sa vision artistique, qu’il explore sa volubilité créative.

Cette expérience de prêteur d’idées, et de conceptualiste, a tôt fait de lui paraître insuffisante. Lui, qui est sensible au moindre détail. Lui, qui peut avoir une perception précise du rendu qu’il espère d’une photo ; et qui n’est pas forcément celle de ceux avec qui, ses collaborations se sont faites.

C’est pourquoi, il finit par se décider de braver l’ombre des autres, pour consentir à être sa propre lumière d’idées et de matérialisation.

Ainsi, c’est à Dipex Photo, un laboratoire prolifique, un repaire de qualité en termes d’images, de shootings, de tirages et de cadrages ; qu’il se réinvente. Il découvre de fait, ses autres possibilités.

Ce qui le pousse vers des formations en graphisme, et également en prise d’images. Ces apprentissages le rassurent dans son désir de conquérir comme de posséder l’appareil photo. Mais aussi dans sa volonté, à restituer ses images de manière aussi élaborée qu’il l’envisage dans son imaginaire.

Domegue Kodjo : Un perfectionniste inassouvi

C’est à travers le monde de la mode, qu’il est parvenu à se forger sa culture visuelle. Avec tout ce que cela comporte d’obsessions pour la beauté absolue, de recherche permanente d’anti-imperfection obligatoire, d’utilisation de fards de tout genre pour cacher le moindre détail qui semblerait être un défaut, ou même de brillance de strass comme de paillettes pour attirer coûte que coûte les attentions et éblouir. C’est à travers ces repères, que Domegue Kodjo, définit ses critères de création, et son regard s’en imprègne pour définir son idéal artistique.

Ainsi, par fascination inconsciente mais assumée, le jeune photographe traque dans ses travaux, le moindre bourgeon, la moindre cicatrice (de naissance ou de vie), les moindres acnés, la moindre ride, le moindre abcès, la moindre marque ; ne disant pas le paroxysme du charme, de l’élégance, de la pétulance, de l’éclat, de la finesse.

Des minutes, des heures, des jours, et même des mois ; peuvent paraître insuffisants pour l’artiste, quand il s’agit de traiter, d’appliquer des effets, d’examiner, ses clichés numériques. Car au bout de son processus de post-production, il faudrait que son sujet, soit visiblement irréprochable.

Et pour parvenir à constamment combler ce challenge personnel, Domegue Kodjo s’est spécialisé dans un secteur photographique à la fois de rêves, d’embellissements, de joies communicatives, de mouvements, et de réflexes artistiques.

Les mariages comme source d’inspiration

Dans la photographie de mariage, ce maniaque du mirifique et de l’inaccoutumé, s’est rapidement épanoui. Pouvoir conter et capturer des moments ultimes de bonheur, de liaisons uniques, de grâces presque angéliques, d’élégance (de circonstance ou non) hors du commun, d’allégresse parfaite et de jubilation qui l’entoure ; l’ont rassuré dans cette orientation.

A l’en croire, ce choix se veut également « thérapeutique ». D’abord étant un religieux très pratiquant, et aspirant lui-même à cette fusion intime des sens comme des êtres ; cette focalisation dans sa profession, lui permet à la fois d’affronter ses tourments de cœur, de tenter de cerner ce qui rend aussi mythique le partage des anneaux, et de trouver des raisons d’aspirer à être heureux au quotidien avec ou sans amoureuse. « Ce qui m’intéresse dans la photo de mariage, c’est de pouvoir rentrer dans l’intimité des gens sans arrière-pensée, pouvoir surprendre des émotions et des instants qui me sont tout à fait étrangères, mais qui rendent compte d’un état d’esprit totalement positif. Grâce à la photo de mariage, j’ai la chance de vivre ces moments d’une rare intensité.», dit-il.

La photo de mariage est de ce fait, plus qu’un ferment de sa créativité. C’est aussi un cadre d’introspection à travers lequel, Domegue Kodjo, puise la matière première de son inspiration ; capable d’intéresser au-delà de son pays.

Première exposition : Une fashion série puisant dans le langage des masques

Discret, et sensible, l’artiste au regard pudique, fait de plus en plus l’unanimité d’autant que son œuvre s’élargit vers d’autres pistes de réflexions.

Cette ouverture lui permet donc d’intéresser en dehors du Bénin. Notamment, par la précision de son rendu photographique ; mais aussi à travers la rigueur esthétique qu’il applique à son travail.

Et justement, c’est au Sénégal, qu’il expose pour la première fois. En effet, sous la coordination de la commissaire d’exposition Françoise Benomar, il fait partie des sept artistes conviés à Saint-Louis dans le cadre de l’exposition collective dénommée « L’œil qui voit ». Se déroulant au sein de ‘’ Maam Tiouth Galerie ‘’, l’exposition est prévue pour se dérouler du 26 avril au 26 mai 2019.

Aux côtés de Keulion, Arysto, Francklin Nbungun, Françoise Benomar, Léa Lund et Erik K. ; Domegue Kodjo, propose une série inspirée de l’univers de la mode, où le masque n’a plus uniquement son sens totémique ou mystiquement caricaturé, mais devient un symbole novateur (progressiste ?) de la fashion culture.

S’imprégnant d’un éclairage raffiné aux nuances des années soixante, « Quand le masque fait son cinéma » (nom de la série, ndlr), est une série de 10 photos qui s’engagent dans la démystification du regard porté sur les masques africains, et leur symbolique souvent attribuée au mysticisme. Ainsi, il s’agit de sortir les masques de leur signification dite énigmatique, afin de leur conférer une dimension résolument ludique, fun et métaphorique. Le masque n’est plus alors objet de peur abyssale, encore moins de superstitions imaginaires, mais un signifié de repossession des codes esthétiques de l’appartenance africaine.

© Affiche Exposition L'oeil Qui Voit

© Affiche Exposition L’oeil Qui Voit

Et grâce à la mise en scène de vêtements composites, de costumes à motifs afros, d’apparats élaborés, d’accessoires spécifiques (lunettes, chapeaux, fleurs, jouets d’enfance, foulards, paillettes, rollers, etc.) et du rapprochement d’éléments inattendus et inhabituellement raccordés ; des nuances esthétiques et narratives entrent en jeu et donnent lieu à diverses personnalités et perceptions.

Pensif, soigné, élégant, joueur, gracieux ou sensuel, chaque personnage restitué par le slameur, et modèle photo Djamile Mama Gao (également à la conceptualisation de la série, ndlr), s’installe dans un monde qui lui devient propre, et qui lui permet de provoquer un fantasme du spectateur sur ses particularités les plus insoupçonnées.

C’est dire que, les photos de Domegue Kodjo se veulent non conformistes, suggérant une androgynie assumée du modèle, mais s’orientant essentiellement dans une quête introspective des identités africaines, sous le prisme du fashion, du flashy, de la pétillance des couleurs, et de la mode.

Ainsi, cette série s’inscrit dans cette volonté de déconstruire la façon dont les gens se voient eux-mêmes et s’engage à redéfinir les stéréotypes de genre, d’identité et de la beauté, mêlant désirs extérieurs et désirs dissimulés.

« Quand le masque fait son cinéma », a été réalisé en étroite collaboration avec le plasticien Asquith Sognidé (mais aussi photographe, ndlr) qui a conçu les masques à partir d’objets de récupération selon l’intention de Domegue Kodjo, d’utiliser le paysage et le portrait, comme moyen d’examiner à la fois des questions sociales, urbaines, environnementales et culturelles.

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