Carlos Kpodiefin : L’anticonformiste au quotidien

Carlos Kpodiefin : L’anticonformiste au quotidien

Un propos qui traduit sérénité et curiosité boulimique. Une posture de quelqu’un dont l’intranquillité créative le pousse dans ses retranchements. Un talent surprenant par son sens du symbole, et de l’énigme. Carlos Kpodiefin est de ceux pour qui l’art devient un exutoire d’imagination et d’expression atemporelle. Plasticien à contre-courant, il s’est méthodiquement diversifié entre photographie et arts plastiques, inventant des oeuvres aux iconographies si singulières qu’elles transcrivent une particularité saisissante. Ainsi, d’un genre à l’autre, il s’initie à des expériences aussi insulaires qu’immersives pour faire tomber les masques et prôner l’importance d’être soi-même. Conscient des enjeux de l’époque, il allie parfaitement créations physiques et digitales. Un tout qui incite à la découverte.

ATILEB’ARTS : Pouvez-vous, vous présenter à nos lecteurs ?

CARLOS KPODIEFIN : Je suis Carlos Kpodiefin, entrepreneur dans les domaines de la communication, de la mode et de l’agroalimentaire. Je suis également coach en stratégie de vie/business et artiste-designer.

Festival HOLI, Dakar 2019

ATILEB’ARTS : Quel a été votre parcours artistique ?

CARLOS KPODIEFIN : Il est essentiellement constitué de mes propres recherches, je suis autodidacte. Très tôt je me suis inscris au Centre Culturel Français (actuel Institut Français de Cotonou, ndlr). J’ai lu tout ce que je pouvais lire sur tous les domaines artistiques qui m’intéressait : danse contemporaine et danse classique en passant par l’humour, l’art, la peinture, la sculpture, la poésie et le collage également. Je prenais du plaisir et le temps de découvrir mais aussi d’apprendre. Mon parcours s’est forgé à partir de là.

ATILEB’ARTS : Et si vous devriez décrire votre univers artistique en 4 mots ?

CARLOS KPODIEFIN : Folie… folie… folie… folie… Parce que je ne suis aucune règle, aucune norme. Plus l’idée est saugrenue, plus j’adore. Le principe est de faire ce qui me passe par la tête comme je veux et quand je veux.

ATILEB’ARTS : Dans ce cas, pour vous l’art c’est…

CARLOS KPODIEFIN : Créer son univers avec ses propres règles… où on peut réaliser ses rêves les plus fous.

ATILEB’ARTS : On a vu quelques-unes de vos créations refléter des masques/visages. Que représente pour vous ce choix ? Un coup de cœur ? Un sens particulier ?

CARLOS KPODIEFIN : J’aime les masques. J’aime les masques parce que, je trouve que nous vivons dans un monde où les gens, hommes et femmes, n’ont rien à avoir avec ce qu’ils montrent d’eux. Je dirai qu’ils portent très souvent des masques compte tenu des circonstances, de leur environnement et de ce qu’ils veulent faire croire à ceux qui sont autour d’eux. Alors c’est ma manière à moi de faire des portraits qui dévoilent la supercherie collective. C’est pour dénoncer cet état de choses, ou je dirai, pour attirer l’attention des gens sur le fait que la plupart des personnes qui se trouvent dans leur environnement ne sont pas authentiques. C’est pourquoi, j’ai décidé de ne faire que des masques et de ne jamais faire de vrais visages. Voyez en cela, ma manière de pousser les gens à être vrais, à être eux-mêmes. Parce qu’il faut le rappeler, dans la course au conformisme à tout ce qui est politiquement correct, nous oublions d’être nous-mêmes, face à tout ce que la société nous impose.

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ATILEB’ARTS : On constate aussi que vos oeuvres n’épousent pas des thèmes prédéfinis, ou précis. Est-ce un choix esthétique ou une façon de brouiller les pistes ?

CARLOS KPODIEFIN : C’est vrai, vous faîtes-là une bonne remarque. Il faut dire qu’il n’y a pas de thème précis que j’aborde, ou que j’affectionne particulièrement. Quand je crée, je me laisse plutôt guider par le moment, par ce que je ressens sur le coup. Je laisse généralement l’objet que je dois transformer me dicter ce que je dois faire. Par exemple, un bout de bois par terre, ne m’invite pas à la même expérience qu’autre matière. La forme est déjà ce qui me séduit sur les objets que je trouve, alors je la laisse me dire ce qu’il faut en faire.

Cela dit, si on doit parler de thèmes, la plupart du temps, par mes œuvres, je cherche à faire réfléchir les gens sur leurs conditions d’êtres humains, sur leur existence et leur vie de rêve. J’aime l’idée de pousser les gens à se remettre en cause, à rechercher une amélioration, à se battre pour avoir la vie à laquelle ils aspirent profondément. Et par la même occasion, je désire également faire en sorte qu’ils s’entourent de beauté.

ATILEB’ARTS : Où puisez-vous votre inspiration artistique et que pouvez-vous nous dire sur votre processus créatif ?

CARLOS KPODIEFIN : Je peux dire que tout ce qui qui m’inspire, c’est tout ce qui est ethnique. Africain ou pas, bien entendu ! Du côté des amérindiens et des indiens par exemple, on retrouve également cette connotation ethnique qui m’intéresse. Je vais donc puiser partout où l’ethnique prend forme et se déploie. Quant à mon processus créatif, il faut avouer que je m’amuse beaucoup. Quand je dois faire des œuvres, soit je conçois exactement, ce que je veux et puis je le fais ; soit (et c’est ce qui se passe la plupart du temps), j’ai juste un petit bout d’idée qui me sert de base, que je développe au feeling et au fur et à mesure.

ATILEB’ARTS : Avez-vous des préférences dans vos matières utilisées ?

CARLOS KPODIEFIN : Non ! Du tout ! Là aussi je n’ai pas de préférence quelconque. J’utilise tout : un vieux tee-shirt, un jeans délavé, une branche d’arbre, des ustensiles de cuisine, etc. Tout peu me servir tant que je peux recycler. Même du côté des couleurs, je n’utilise pas que de la peinture. J’utilise des crayons de couleurs, des feutres, des marqueurs, des pastels, … Que ce soit donc avec un stylo, devant un ordinateur, derrière un appareil photo, avec des matériaux de récupération, etc., je ressens toujours le même plaisir quand je crée.

ATILEB’ARTS : Un mot de fin ?

CARLOS KPODIEFIN : Je dirai que l’Afrique regorge de talents, et il faudrait que les africains commencent par consommer africain en général ; que ce soit dans le domaine artistique, agro-alimentaire, etc.

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